Le
discours médical, à partir du XVIIIe siècle exalte les vertus
thérapeutiques du bain froid en milieu marin et s’appuie sur des
références au thermalisme antique. Chez les Grecs, le bain aurait été
considéré plutôt comme un fortifiant que comme une pratique d’hygiène
ordinaire. Chez les Romains également, si les eaux minérales étaient
distinguées, la température de l’eau était plus importante que sa
composition. On lui attribuait des qualités spécifiques et différentes
: l’eau froide était considérée comme tonique, l’eau chaude comme
émolliente. Le bain thérapeutique s’est répandu en Europe dès le
XVIIIe siècle. L’usage de prendre un " bain à la lame ", procédé très
codifié, se répand sur les plages de l’Atlantique parmi les classes
dominantes. Le premier bain revêt une valeur initiatique. Il est censé
rétablir l’équilibre physique et nerveux d’une élite en perte d’énergie
vitale, grâce aux qualités de l’eau de mer : froideur, salinité
turbulence (CORBIN 1988). On lui attribue des qualités antiseptiques,
diurétiques, calmantes. A Nice, SMOLLETT, " qui avait l’aspect d’un
poitrinaire ", se pose en précurseur dans une lettre datée de 1764. Il
relate la surprise des gens qui le voyaient plonger par temps froid. Il
aurait contribué à propager cette nouvelle pratique : " Mais
lorsqu’on constata que ma santé s’améliorait par cette pratique,
quelques officiers suisses tentèrent l’expérience et en quelques jours
notre exemple fut suivi par plusieurs habitants de Nice. " (SMOLLETT,
Lettre XXIII). Deux siècles plus tard, le bain d’hiver n’était
toujours pas une habitude répandue : certains baigneurs se rappellent
les personnes fortunées, généralement des étrangers, qui traversaient
la Promenade des Anglais dans leur peignoir, prenaient leur bain et
retournaient à l’hôtel. D’après l’opinion courante, les Niçois ne se
baignaient pas pendant l’hiver et en nombre très limité même pendant
l’été, généralement des hommes ; il existait cependant quelques
exceptions.
|
|
Si
le bain d’hiver n’est plus ordonné pour ses vertus curatives, il fait
partie des habitudes d’un certain nombre de niçois de " souche " ou "
d’adoption ". " Nos parents ne se baignaient pas. Et puis c’était pas
pareil, y avait d’autres occupations. " " Il y avait la tenue des
baigneurs qui faisait que c’était pas la même chose. Ma grand-mère elle
venait se baigner ici, seulement elle avait la robe qui descendait
jusque là, le foulard, le chapeau. "
|
|